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Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes. (RIMBAUD, Une saison en enfer.) Commencer cet édito sous les auspices de Rimbaud donne quelque obligation. Non pas celle de faire dans le génie...ce n'est pas à la portée de tout le monde, n'est-ce pas ? Mais celle de faire au mieux...ce qui, déjà, n'est pas rien. Oui, faire au mieux, pour ce programme 2006-2007, centré, vous l'avez deviné, sur le thème de la ville. Pourquoi ce thème ? Est-il même seulement besoin de répondre, tant la ville paraît être, que l'on s'en rende compte ou non, au centre des choses de ce monde ? Qu'on en juge : la mondialisation, qu'on la diabolise ou qu'on la souhaite, passe par les grandes métropoles. Celles-ci s'octroient et le pouvoir, et les populations, et l'attractivité. C'est la métropolisation. Phénomène mondial, donc, et qui ne peut laisser indifférent. Mais la ville, c'est aussi la petite ville, ou la ville antique ...ou la ville du futur, comme la ville durable, vieux rêve que l'on essaie aujourd'hui de réinventer. La ville, c'est un système, dit le géographe ; un organisme, dit l'architecte urbaniste ; un territoire sociétal, dit le sociologue ; un lieu de créativité, dit l'artiste ou le poète. Oui, la ville, c'est l'endroit, aujourd'hui, où se passent les choses. C'est le nid des fertilisations, le sein des enfantements de toutes sortes, le terreau où poussent fleurs de béton et fruits des passions les plus folles. La ville, c'est aussi l'hydre qui s'étend, qui digère l'alentour, qui enserre le rural jusqu'à lui faire rendre gorge. Ambigüité de la ville, contradictions de la ville, richesse de la ville. Turpitudes, beautés vénéneuses, splendeurs du passé et du présent. Vices et vertus. Palimpseste et innovation. C'est encore cela, la ville. Faut-il charger encore le tableau pour convaincre que la ville est l'espace par excellence ? Bien sûr, je parle en géographe, et, qui plus est, en géographe de la ville. Péché mignon. Mais justement, place aux poètes, aux musiciens, aux amoureux et aux « diseux » de ville... Oui, mais... Et l'UP, ses valeurs, ses objectifs, dans tout cela ? A cet égard, les choses sont claires : la ville est un des territoires naturels d'intervention des UP. Un parmi d'autres, certes. Mais un territoire essentiel : les aires urbaines définies par l'INSEE (traduisez ensemble des villes-centres, de leurs banlieues, des espaces périurbains) regroupent 90% de la population française. Les UP, et celle du Berry parmi les autres, ne peuvent ignorer la ville...et se doivent d'y projeter leurs valeurs d'humanisme et de partage. Nous savons tous quels enjeux d'importance se profilent derrière ces propos. « On a parfois l'impression d'être en train de déambuler sans but dans une ville. On se promène dans une rue, on tourne au hasard dans une autre, on s'arrête pour admirer la corniche d'un immeuble, on se penche pour inspecter sur le trottoir une tache de goudron qui fait penser à certains tableaux (...), et on pense de telle façon que nos réflexions composent un parcours (...) si bien qu'à la fin on pourrait sans risque affirmer avoir voyagé (...), on pourrait sans risque affirmer avoir été quelque part, même si on ne sait pas où. » (Paul Auster, L'invention de la solitude) La ville comme un ailleurs, comme l'image de tous les ailleurs...et de tous les possibles. Comment une UP résisterait-elle aux parfums de la ville ?... Michel MARC ...qui remercie Sylvie MARC pour cette ouverture vers l'univers de Paul Auster. |
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